19 août 2016 ~ 0 Commentaire

nymphette

Une énième cigarette se consumait contre les parois vitreuses du cendrier; la flamme jaunie s’avançait en même temps que les minutes s’écoulaient, impassibles, jusqu’à ce qu’elle atteigne enfin l’extrémité, brunie par une coulée qui exhalait une odeur âcre de tabac. Et d’épaisses volutes de fumée se dispersaient à travers la pièce dont les contours s’effaçaient sous une lourde couche de brouillard- nuage sombre autour duquel gravitaient les vapeurs rebelles, ces vapeurs lentes mais puissantes qui infiltraient douloureusement l’espace confiné qu’elles enserraient de leur ongles taillés; comme un poison noir dont les tentacules tortueux et les interminables excroissances se fraieraient un chemin dans les veines du condamné. Un orchestre de senteurs laissait échapper ses premières notes, timides encore.

A travers le voile opaque des odeurs fumantes, il n’en distinguait plus qu’une seule, la plus lourde et la plus entêtante d’entre toutes; et les sens à l’affût, il tendait irrésistiblement vers ce parfum engorgé de musc comme un pèlerin tremblant de bonheur face aux reliques sacrées, objets de ses convoitises les plus secrètes- Un parfum si enivrant qu’il ne pouvait appartenir qu’à une femme, une amazone à la lourde chevelure ébène qui viendrait noyer ses reflets sombres dans la courbure de ses hanches et étouffer les quelques boucles indociles dans la cambrure de son dos hâlé. Le souffle lui manqua. Il dut se ressaisir.

Mais elle soutint l’offense, refusant de se dessaisir de l’envoûtement qu’elle exerçait sur le jeune homme; consciente de sa beauté, elle en abusait largement, multipliait les relations charnelles sans jamais s’attacher à ses amants. Elle se levait en prenant garde de ne faire aucun bruit; et la brume matinale chassait les derniers relents d’une nuit à l’agonie, complice de la fuite éhontée. Elle refermait doucement la porte et se précipitait à l’air libre épancher la douleur qui la prenait à chaque fois qu’elle cédait à ses désirs; une panique sans nom qui enserrait sa poitrine et brûlait ses membres. Elle dévalait l’escalier en courant, se fuyant davantage elle-même que l’ivresse de la nuit qui rampait encore dans les draps chauds; et elle avait le regard hagard de ceux qui ont fauté. L’autre se réveillait plus tard, surpris de trouver la place vide- la marque du corps lascif s’estompait déjà sur le tissu et les soupirs nocturnes s’engouffraient dans le silence angoissant du jour. Et l’ombre de la disparue hantait les mémoires; même absente, elle peuplait les inconscients masculins de sa beauté évanescente. Les murmures des plaisirs partagés s’évanouissaient dans les souvenirs langoureux dont l’abandonné parerait ses soirées solitaires- une nymphe merveilleuse avait pénétré son antre esseulée et s’en envolait aussi rapidement qu’elle était apparue, comme un songe perdu.

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